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La Suède face à la controverse sur la hausse des taxes sur les jeux d’argent en ligne

Publié le 10 décembre 2025 par Carole Belfort

En décembre 2025, Gustaf Hoffstedt, secrétaire général de l’Association suédoise du commerce des jeux en ligne (BOS), a vivement critiqué l’appel lancé par Hasse Lord Skarplöth, PDG de l’ATG (AB Trav och Galopp). Ce dernier a suggéré que le gouvernement suédois suive l’exemple du Royaume-Uni en augmentant les taxes imposées aux opérateurs de jeux d’argent en ligne, tout en exemptant le secteur des courses de chevaux de cette hausse. Cette proposition a suscité de vives réactions dans le secteur des jeux en Suède, un pays où le marché régulé des jeux d’argent est déjà en proie à des défis considérables.

La proposition de Skarplöth survient peu après que le Royaume-Uni a annoncé une augmentation des taxes sur les jeux à distance dans son budget d’automne. À partir d’avril 2026, la taxe sur les jeux à distance passera de 21 % à 40 %, tandis que la taxe générale sur les paris à distance augmentera de 15 % à 25 % à partir d’avril 2027. Cette décision avait déjà suscité des critiques de la part du Conseil des jeux britanniques (BGC), qui avait mis en garde contre l’impact potentiellement dévastateur sur le secteur des jeux en ligne, des paris sportifs, et même des courses de chevaux.

En Suède, Hoffstedt a mis en garde contre les conséquences néfastes d’une telle augmentation des taxes, qu’il a qualifiée d’« auto-sabotage » pour le secteur des jeux régulés. Il a souligné qu’augmenter les taxes sur les jeux en ligne dans un marché déjà mis à rude épreuve par l’un des plus grands marchés noirs d’Europe pourrait être préjudiciable. Selon lui, une fiscalité plus élevée ne réduirait pas les risques mais pousserait plutôt les joueurs vers des opérateurs offshore, affaiblissant ainsi la protection des consommateurs et réduisant l’écosystème réglementé.

Hoffstedt a cité les estimations d’ATG concernant le taux de canalisation, qui variait entre 74 % et 85 % au troisième trimestre, bien en deçà de l’objectif gouvernemental de 90 %. Ces chiffres illustrent le défi que représente la canalisation des joueurs vers des opérateurs légaux, un aspect crucial pour garantir leur sécurité et combattre les opérateurs non licenciés.

Le secrétaire général du BOS a également remis en question la justification d’une taxation accrue des jeux en ligne. Une étude récente du BOS montre que les dommages liés aux jeux d’argent n’ont pas augmenté depuis l’ouverture du marché légal en janvier 2019. En effet, en 2024, seulement 1,3 % de la population suédoise avait un score de trois ou plus sur l’Indice de Sévérité des Problèmes de Jeu (PGSI), contre 2,2 % au début du marché, malgré une plus grande disponibilité des jeux en ligne.

Hoffstedt a fait valoir que toutes les formes de jeux d’argent sont généralement sans danger pour les individus qui ne sont pas à risque, mais qu’elles peuvent être nuisibles à ceux qui rencontrent déjà des problèmes de jeu. Il a notamment souligné que le segment des loteries affiche la plus forte proportion de joueurs problématiques.

Pour Hoffstedt, la solution à ces problèmes ne réside pas dans une taxation plus élevée, mais dans une régulation efficace, en commençant par la canalisation. Un écart accru entre les opérateurs licenciés et non licenciés irait à l’encontre d’une politique responsable visant à assurer la sécurité des joueurs.

En guise d’alternative, il a suggéré que si la Suède devait envisager une augmentation d’impôt, il serait plus rationnel de se concentrer sur les paris sur les courses de chevaux plutôt que sur les casinos en ligne. Les paris hippiques bénéficient déjà de taux de canalisation exceptionnellement élevés, allant de 98 % à 99 %, ce qui en fait un secteur moins vulnérable aux implications d’une taxe accrue.

Ce débat soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre une taxation équitable et une régulation efficace dans le secteur des jeux d’argent. D’un côté, il y a ceux qui plaident pour une fiscalité accrue comme moyen de réduire la dépendance au jeu et de financer des programmes de prévention et de traitement. D’un autre côté, des voix comme celle de Hoffstedt soulignent le risque de faire pencher la balance en faveur des opérateurs illégaux, compromettant ainsi les avancées en matière de protection des consommateurs. Cette discussion met en lumière les défis complexes auxquels sont confrontés les régulateurs dans un marché en constante évolution, où la technologie et les comportements des consommateurs jouent un rôle de plus en plus important.

Carole B

Carole Belfort est une journaliste spécialisée dans l’univers des jeux d’argent, des casinos et des tendances numériques. Passionnée par les dynamiques du marché européen, elle décrypte avec finesse les actualités du secteur, des grandes innovations technologiques aux histoires de joueurs marquants. Son ton à la fois rigoureux et humain apporte une lecture accessible et engagée, appréciée par les amateurs comme les professionnels du jeu.

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